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2016, coups d’épée dans l’eau ?

Les pressentiments pour 2015, au moins sur le plan géostratégique, se sont avérés exacts : au bord d’un chaos voulu par les rebelles à une certaine organisation du monde, les Etats, du moins certains d’entre eux, ont commencé de relever la tête. Il aura fallu, en particulier en France, une série de drames – le 7 janvier et le 13 novembre – pour que le pouvoir et la société sortent de leur torpeur. La réaction s’est faite dans le désordre et sans résultats tangibles, mais l’effroi de la débandade est tel qu’il réveille enfin les consciences. Mais ce réveil, au-delà de forts coups de menton et de formules définitives, ne trouve nulle part où s’amarrer pas plus qu’il ne rencontre un courant porteur vers des horizons enfin mobilisateurs. Nous sommes ainsi coincés entre la volonté de réaction et de « vitalité » de la société et un environnement politique, économique et social stagnant voire bloqué qui interdit en fait toute dynamique nouvelle et salvatrice. Ce sont – hélas – ces conditions qui risquent de s’imposer en 2016 et de nous contraindre une année encore à l’immobilisme.

Cette analyse est évidemment pessimiste. Mais comment pourrait-il en être autrement si l’on veut bien observer avec lucidité les réalités du moment ? Et, sauf miracle raisonnablement peu probable, les conjonctures relativement bienveillantes en 2015 (taux d’intérêt, euro/dollar, prix du pétrole…) vont se désaccorder pour suivre à nouveau chacune leur propre destinée.

Sur le plan politique, sur lequel il paraît inutile d’épiloguer trop longuement, le désaccord est d’une telle ampleur entre les velléités du monde politique et les problématiques socio-économiques qu’il n’y a rien d’autre à attendre qu’un engluement profond dans ce marécage qu’est désormais la chose publique. Ingouvernable depuis des décennies, la société n’est effectivement plus gouvernée, sans projet, sans objectifs, sans raisons autres que bureaucratiques, celles d’appliquer aveuglément des directives coercitives souvent stupides. Mais le pire est le déchirement politique entre des factions qu’agitent encore des scories d’idéologies archaïques et les clans qui soutiennent des ambitions individuelles. On invoque à cet égard un peu vite une sorte de recomposition partisane ternaire ou quaternaire là où l’on observe essentiellement un phénomène de décomposition de la « res publica ». Au lieu de camper sur des projets de société et d’alimenter le débat démocratique, on ne vise qu’à semer la discorde chez l’adversaire, à troubler le jeu, à émietter encore la société politique. Il en a fallu moins dans notre histoire républicaine pour menacer de rupture une unité nationale fragilisée par les relents de la crise économique, par un chômage endémique et par une insécurité rampante.

Sur le plan économique, nous ne jouons plus en première catégorie. Notre endettement faramineux, la dérive des comptes publics, le gaspillage invraisemblable de nos richesses dans des puits sans fond, la désindustrialisation, la sous-capitalisation des entreprises tenues par des actionnaires voraces…, on pourrait poursuivre cette litanie à l’infini. L’émergence d’un nouveau monde économique totalement transgressif nous prend en flagrant délit d’insouciance alors que nous devrions être dans les starting-blocks, prêts à affronter cette tempête mondiale.

Sur le plan social, notre société est en pleine décomposition. Préparée et voulue depuis plusieurs décennies par des irresponsables, la désunion nationale est un fait. Partout des désaccords se sont installés, entre les villes et leurs banlieues, entre celles-ci et le monde rural ; entre les privilégiés, ceux des droits acquis, la classe de plus en plus moyenne, les laissés pour compte au titre de l’emploi ou de l’intégration… Le tableau est proche de la catastrophe.

Sur le plan extérieur, celui de la géostratégie, contrairement aux apparences, les affaires ne sont pas non plus brillantes. Un pays ne peut prôner ou faire ailleurs ce qu’il est incapable d’entreprendre chez lui. Si nous avions une politique étrangère, de toutes façons nous n’en avons plus les moyens, ni en Afrique ni au Moyen-Orient ; en Europe, nous sommes inaudibles.

Le déclinisme, dans un pays qui a les atouts, les richesses et les capacités de la France, paraît pourtant comme une stupidité. Ce qui nous ronge, c’est l’immobilisme. Les Français forment un peuple difficile, hétérogène, mais vivant. Ce dont ils ont besoin, c’est de mouvement. Que l’année 2016 soit moins mauvaise que ce qu’annoncent les augures !