Archives mensuelles : mars 2022

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Journal de la guerre 9

J + 32 – 30 mars 2022

Un vent d’optimisme a soufflé le 29 mars au pont d’enflammer les marchés financiers, prompts à donner crédit aux rumeurs qui sont toujours propices à la spéculation ; quitte à ce qu’ils reculent le lendemain à l’observation des événements, ce qui ne manqua pas. Les marchés, comme les commentateurs médiatiques, se sont laissé impressionner par deux déclarations, l’une émanant de l’état-major russe qui annonçait une « pause » dans la bataille et un redéploiement des forces vers le Donbass ; l’autre du Président Zélinsky ainsi que des négociateurs à Istanbul qui se félicitaient de progrès « substantiels » dans leurs conversations. C’est tout juste si l’on n’envisageait pas la fin des hostilités, en tout cas un proche cessez-le-feu et le début de la fin du drame que traverse avec héroïsme le peuple ukrainien.

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Journal de la guerre 7

J + 24 – 22 mars 2022

Après bientôt quatre longues semaines d’une « opération militaire spéciale » qui visait à libérer l’Ukraine des méchants « néo-nazis » qui l’oppressaient, aucun des buts politiques supposés de Vladimir Poutine ne semble atteint ni sur le terrain ni dans l’opinion publique mondiale. Du moins est-ce le constat objectif que serait en droit de faire un modeste observateur européen. Certes, d’après la propagande, les reportages sont mensongers, les vidéos truquées et les morts provoqués par les anti-russes aux abois ! Mais peut-on sérieusement masquer la réalité, peut-on encore longtemps dans les pays totalitaires (Russie bien sûr mais Chine et tant d’autres…) mentir aussi effrontément aux populations ? Je crois que l’histoire finit toujours par être connue dans ses tours et ses détours, dans ses grandeurs et ses perversions, parce que le propre des hommes est de se souvenir et de se raconter. S’ils veulent échapper à leurs tourments, ils savent que seuls le remords et la confession peuvent les en soulager. Malgré les bourrages de crâne d’où qu’ils viennent, nous saurons tout de la stupéfiante agression de l’Ukraine par son soi-disant frère slave. Ne pas supporter d’avoir un « frère cadet » qui s’émancipe et sorte du cadre familial pour vivre sa vie, tel semble être le ressort psychanalytique de cette désastreuse histoire.

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Journal de la guerre 6

J + 24 – 20 mars 2022

Comme prévu, la guerre s’embourbe ; elle n’aura donc pas de solution militaire à moyen terme et il faudra trouver la fenêtre par laquelle faire entrer un peu d’air diplomatique. En attendant que les positions s’assouplissent de part et d’autre, les bombardements continuent comme à l’exercice, avec cynisme, sans autre efficacité que de détruire et de tuer mais, chaque jour davantage, en renforçant l’hostilité sinon la haine des Ukrainiens martyrisés. Dans ce contexte tendu, les regards se tournent vers la Chine, auréolée par la Russie poutinienne d’une « amitié sans limite » selon le communiqué sino-russe du 4 février dernier. Le Président Xi Jinping détient probablement la clef du problème, mais dans des conditions et à des nuances qu’il faut explorer.

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Journal de la guerre 5

J + 18 – 14 mars 2022

« Le lièvre rusé a toujours trois issues à son gîte » dit le proverbe chinois, façon poétique d’évoquer les trois hypothèses de la théorie stratégique classique. Chacun ses mots, la méthode est identique. Si on se rapporte à la situation ukrainienne, Poutine a effectivement trois possibilités : 1/ celle de se rendre compte (tout seul ?) de son échec et de se résoudre à proposer de négocier ; 2/ celle de s’entêter dans sa stratégie de conquête, de faire appel à des renforts extérieurs et de continuer à bombarder ; 3/ celle enfin de s’énerver et de passer à autre chose, « quoi qu’il en coûte ». Je ne privilégie aucune de ces options mais je redoute la dernière qui ouvre la voie, via le chimique ou le nucléaire, à l’extension de la guerre sur le continent voire à sa généralisation. A ce stade, rien n’est impossible et rien ne doit donc être exclus. J’en reparle plus loin en abordant le mythe de la dissuasion nucléaire.

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Journal de la guerre 4

J + 14 – 10 mars 2022

Deux semaines de guerre et la routine s’installe avec son lot de commentaires médiatiques – plutôt du remplissage d’antenne -, avec des images normalement insoutenables de morts, de blessés, de réfugiés qui passent en boucle et auxquelles on finit par s’habituer, avec aussi – il faut bien vivre – les calculs d’épicier sur le prix « insupportable » de la baguette ou du litre d’essence… Je suis comme tout le monde sensible à ces images, mais j’essaye de sortir de ce cadre infernal et de guetter non des lueurs d’espoir – ce serait un gros mot – mais des signes avant-coureurs de ce que serait une pause dans les combats, au mieux un cessez-le-feu au moins local. C’est la troisième hypothèse suggérée dans le numéro précédent de ce journal, celui d’un changement à la tête de la Russie.

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Journal de la guerre 3

J + 12 – 8 mars 2022

Au douzième jour de la guerre d’invasion de l’Ukraine, il semble qu’un point de non-retour ait été atteint et que la guerre soit désormais totale ; avec les gesticulations européennes et otaniennes, avec les sanctions économiques et la mise de la Russie au ban des nations, on s’approche même de la ligne rouge de l’engrenage nucléaire. Cette réalité-là nous dépasse-t-elle tous ? Faut-il à cette heure confier notre destin collectif, européen, mondial, au seul dieu de la guerre ? Je n’en « sais » rien, mais je pense qu’il ne faut ni brûler les étapes ni sombrer dans le commentaire d’images choquantes ; mais toujours essayer de décrypter les événements et, rationnellement, à la mesure de notre capacité à élever le point de vue, construire des hypothèses qui couvrent l’essentiel du spectre.

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Journal de la guerre 1-2

J + 6 – 2 mars 2022

Lorsque j’ai décidé il y a deux ans de rédiger mon « journal de la pandémie », je savais que cette épreuve serait longue, non par préscience mais par observation de l’histoire des épidémies mondiales dont il s’avère qu’elles furent toujours longues, deux ans au moins, parfois beaucoup plus comme la « peste noire » des années 1360-1380. La même observation de l’histoire montre aussi que guerre et pandémie étaient très souvent concomitantes, l’une entraînant l’autre et inversement par la révélation qu’elle opère des faiblesses et des vulnérabilités de l’Autre. La pandémie du Covid 19 n’est donc pas totalement étrangère au déclenchement de la guerre en Ukraine voulue et décidée par la paranoïa du dictateur russe Vladimir Poutine. A ce sujet, on voit déjà fleurir quelques commentaires complotistes qui assimilent la « fable de la pandémie » à la « provocation otanienne » à l’égard de la Russie. Ainsi le monde ne serait-il que succession de complots dont les cœurs respectifs se trouveraient à Pékin (pour la pandémie) et à Washington (pour l’impérialisme occidental). C’est dire qu’il va être difficile de rester calme et rationnel devant ces tombereaux de fake news. Et c’est une raison parmi d’autres de reprendre ce journal, non seulement pour remettre la mairie au milieu du village mais aussi pour analyser autant que faire se peut la suite des événements et leurs conséquences sur la déroute du monde soi-disant organisé.

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