Archives mensuelles : avril 2022

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Journal de la guerre 11

J + 52 – 19 avril 2022

J’avais omis de publier ce journal à J+48, à la date du 15 avril que j’avais fixée pour la reprise de l’offensive russe. J’y indiquais d’abord que cette « pause opérationnelle » rallongée était probablement due à une insuffisante préparation des moyens tactiques et logistiques. Je persiste sur ce point car j’estime très périlleux pour une armée initialement engagée sur cinq fronts et étrillée sur la plupart, au prix de pertes humaines et matérielles de l’ordre de 30% de son potentiel, de réorganiser ses unités et de réarticuler ses forces. On a rarement vu dans l’histoire une armée inopérante et amoindrie se refaire par miracle une santé en quelques semaines. Je ne parle pas ici des répercussions sociales d’une telle hécatombe dans un pays démographiquement exsangue : un jour, la propagande se heurte au mur des réalités et le tissu fragile des illusions finit par se déchirer.

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Journal de la guerre 10

J + 42 – 9 avril 2022

J’utilise cette brève « pause opérationnelle » dans les combats en Ukraine pour faire un retour en arrière, un point politico-stratégique sur le destin de cette guerre où se joue, non seulement le « sort de l’Europe » comme je l’avais titré dans ACTUEL 62, mais plus certainement le sort de l’Occident et, au-delà, celui du monde que nous disons moderne. Sans oser être péremptoire, cela me semble assuré tant l’Ukraine n’est que le symbolique « schwerpunkt » – le point dur – d’une histoire planétaire qui manifestait de trop nombreux hoquets depuis une vingtaine d’années. L’arrivée au pouvoir en 1999 d’un certain Vladimir Poutine, ancien et modeste « barbouze » du KGB, donne le premier signal d’un dérèglement du monde annonciateur d’une histoire imprévisible. Le 11 septembre 2001 en est le deuxième marqueur qui désorienta les Américains de leur trajectoire et les entraîna sur la fausse piste moyen-orientale où ils se perdirent. Depuis, et surtout avec les démonstrations désastreuses de l’Irak en 2003 puis de l’Afghanistan pendant vingt ans, la situation s’est partout dégradée : les subprimes suivis de la crise financière de 2008 qui sema le doute sur la solidité du capitalisme américain, le terrorisme islamique qui répandit l’incertitude dans les démocraties. Tous les ingrédients d’une crise mondiale – affirmation des dictatures, fuite en avant financière, échecs militaires, ébranlements démocratiques – étaient ainsi rassemblés et n’attendaient qu’une occasion pour se déchaîner. L’élection de Volodymyr Zelensky à la tête de l’Ukraine, son souci de suivre les orientations européennes et démocratiques de Maïdan comme sa connivence avec les Etats-Unis furent les gouttes d’eau qui firent déborder la fureur russe. Le point d’incandescence a été atteint à l’automne 2021, puis le pacte sino-russe du 4 février lors de l’inauguration des Jeux d’hiver à Pékin a scellé le sort de l’Ukraine.

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