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La Chronique de Victor – Xiong’an : la nouvelle capitale chinoise ?

Le 1er avril 2017, quelques jours après les « deux sessions », Pékin annonce la création de la « Nouvelle Zone de Xiong’an », indiquant qu’il s’agit d’un projet d’importance nationale, du même ordre que furent la zone économique spéciale de Shenzhen dans le Guangdong et la nouvelle zone de Pudong à Shanghai. Une telle décision, qui ne fut même pas évoquée à l’occasion des sessions annuelles parlementaires chinoises en mars, fut une surprise pour tous les Chinois.

Située dans la province du Hebei à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Pékin, la ville de Xiong’an veut dire en chinois « Grandiose et Paix », elle comporte  trois districts qui se trouvent au cœur du triangle formé par Pékin, Tianjin et Shijiazhuang, la capitale du Hebei.

Le président Xi Jinping a indiqué que les fonctions ne relevant pas de la capitale seront transférées de Pékin à Xiong’an. Ainsi on peut prévoir que nombre de sièges sociaux d’entreprises, de centres de distribution logistique, d’universités, d’hôpitaux et autres organisations publiques quitteront Pékin pour Xiong’an.

Des rumeurs courent sur ce premier pas annonciateur d’un déplacement de la capitale. En effet, depuis que la population pékinoise a dépassé les 20 millions d’habitants, nombreux sont ceux qui proposent de déplacer la capitale, en raison des ressources en eau insuffisantes et de la concentration excessive des organismes de soutien politique et économique s’y concentrent, empêchant un développement équilibré dans le nord du pays. Mais Xiong’an n’est qu’à 100 kilomètres de Pékin et ça ne changerait pas grand-chose de déplacer la capitale ici. Xi Jinping a certainement d’autres ambitions pour Xiong’an.

Primo, construire la zone économique Pékin-Tianjin-Hebei. Le delta du Yangtsé (alentours de Shanghai) et celui de la rivière des Perles (alentours de Shenzhen et de Guangzhou) sont les deux moteurs économiques du pays. L’Etat chinois envisage de créer un troisième moteur au nord du pays. Depuis les années 1980, des dirigeants chinois ont tenté de coordonner le développement de Pékin-Tianjin-Hebei, mais sans grands résultats ; Xiong’an, au cœur de ce triangle, en serait le carrefour.

Secundo, faire de Pékin le centre politique et une ville vivable. Pékin est aujourd’hui à la fois centre politique, économique, culturel, scientifique etc. Résultat : trop de monde, trop de bouchons, trop de stress. Pékin perd son charme. C’est pourquoi Xi Jinping compte transférer certaines fonctions non-capitales de Pékin.

Tertio, restructurer l’économie et peut-être l’urbanisation. Aujourd’hui, de plus en plus de Chinois s’enrichissent par la spéculation immobilière. Même des industriels investissent dans des logements dans les grandes villes au lieu de le faire dans leurs entreprises. Cela est suicidaire pour l’économie du numéro deux mondial. Pour Xi Jinping, Xiong’an sera aussi bien green city que smart city. C’est un endroit pour les entrepreneurs et les scientifiques. A présent, à Xiong’an, tous les achats et ventes d’immobilier d’habitation sont interdits et suspendus. Et cela, afin de concentrer les efforts pour la recherche et l’innovation, pas l’immobilier. Si le modèle de Xiong’an réussit, ce sera un exemple pour de nombreuses villes chinoises.