Depuis la guerre d’Algérie, ses dérives psychologiques et les péripéties du putsch des généraux en avril 1961, l’obsession du pouvoir politique, toutes tendances confondues, a été de dépolitiser l’armée et de la cantonner dans ses seules fonctions techniques et opérationnelles. La guerre froide – démilitarisée de fait – se prêtait parfaitement à cette marginalisation. Après la chute du Mur de Berlin, la suppression de deux composantes nucléaires terrestres, Hadès en 1992 et Albion en 1996, la suspension du service national en 1996 et enfin la « curialisation » généralisée du corps des officiers généraux après la guerre du Golfe en 1991 ont concouru avec une remarquable efficacité à accentuer ce cantonnement de l’armée. Aucun lien réel – sinon dégradé comme le budget annuel – n’était maintenu entre la Nation et son Armée, ni l’inclusion dans le continuum de la dissuasion pour l’armée de Terre, ni la participation majeure des citoyens dans l’organisation militaire. Réduite à elle-même et à sa sphère technico-opérationnelle, l’Armée était et reste « étrangère » sinon à la Nation du moins à la société dont les préoccupations et les tendances foncières se sont sensiblement éloignées des « valeurs » militaires.
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