Abonnés

ACTUEL 56 – Crise sanitaire et guerre antivirale

Ainsi la guerre est-elle déclarée à cet insolent coronavirus qui perturbe nos vies, sociales et économiques, et met en cause nos libertés. On permettra donc au « stratégiste », même s’il est marginalisé en l’occurrence, de joindre son analyse aux expertises qui font chorus dans les médias. Sans vouloir en quoi que ce soit polémiquer sur l’emploi d’un vocabulaire guerrier pour tenter de faire prendre conscience aux Français, volontiers désinvoltes, de la gravité de la situation sanitaire, il me semble toutefois que ce choix est inapproprié, non seulement parce qu’il est décalé mais surtout parce qu’il pourrait s’avérer dangereux. La guerre est un « état d’exception » dont nous avons oublié l’extrême gravité et la banaliser ainsi à l’occasion d’une « crise » sanitaire aussi sérieuse soit-elle est un abus de langage que nous devrions éviter. On invoque ad nauseam la célèbre phrase de Camus sur les erreurs de dénomination : « mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Certes, mais ne faisons pas pire en risquant de tromper les hommes ! Notre vocabulaire ne manque pourtant pas des richesses sémantiques qui permettraient de signifier les choses et les situations ; et, si nous y réfléchissions sérieusement, nous serions sans peine capables de mieux définir cette crise. Mais l’époque pousse aux exagérations et nous avons tellement tendu la corde que plus rien ne vaut ; il faudrait alors aller aux extrêmes pour sembler dire la réalités des choses.

Lire la suite

Abonnés

Sinocle.info – les bonnes pages

1/ Le marteau et l’algorithme

Le narrateur, de retour du Changtang le haut-plateau tibétain qui s’étend du Ladakh à la province du Qinghai, fait une escale à Chengdu, capitale du Sichuan, avant de reprendre l’avion pour Paris. Dernier chapitre de la Panthère des neiges, dernier livre de Sylvain Tesson : « Nous atteignîmes le parc. La fête foraine était réussie. Les haut-parleurs pulsaient, la vapeur des beignets enveloppait les clignotements. Même Pinocchio aurait été dégoûté. Les panneaux n’omettaient pas d’afficher la propagande du Parti. Le peuple chinois avait perdu sur les deux tableaux. Politiquement il subissait la coercition socialiste. Economiquement il tournait dans la lessiveuse capitaliste. Il était le dindon de la farce moderne, marteau et algorithme sur le fanion ». Lire la suite

Abonnés

ACTUEL 55 – La révolte des classes moyennes

J’avais tenté, dans le précédent ACTUEL, de décrypter la déstabilisation en cours de l’ordre international hérité de l’après-guerre mondiale, en y analysant le jeu de puissances plus soucieuses de leurs intérêts impériaux que du sort de la communauté internationale. A la réflexion et à l’observation des divers événements, il apparaît que ce phénomène de désagrégation est aussi bien le reflet des dysfonctionnements internes des sociétés que l’expression de la volonté de puissance de leurs dirigeants. C’est donc à cet exercice que je vais me livrer ici : comment le désordre du monde provient-il au moins en partie du mécontentement des peuples et de ce qu’on appelle la révolte des classes moyennes ? Lire la suite

Abonnés

ACTUEL 54 – La fin des alliances ?

La dissolution annoncée et voulue de l’ordre international mérite qu’on en analyse le cheminement et qu’on en mesure les effets, notamment pour la France. Il semble qu’il y ait là une opportunité historique pour notre pays de renouer avec son destin d’indépendance nationale et d’influence mondiale.

Lire la suite

Abonnés

Chine : la double impasse

Le pouvoir du Parti communiste chinois est égal à lui-même et à ses ascendants léninistes ; il se distingue par son dogmatisme, son manque d’imagination et son allergie à tout compromis. Cela ne date d’ailleurs pas du régime actuel : le système impérial faisait également preuve de son obstination jusque dans l’adversité et la défaite. C’est autant cet aveuglement que l’absence de scrupules des « puissances » qui valurent à l’Empire du Milieu ce siècle de revers que l’orgueil chinois a transcendé en « humiliations ».

Lire la suite

Abonnés

ACTUEL 53 – Les Empires contre l’Europe ?

Et si le XXe siècle avait été une anomalie historique, une parenthèse dans le cours cyclique de l’humanité ? Avec 1914 s’ouvre en effet une ère de guerres mondiales et de totalitarismes tout à fait inédite dans l’histoire qui ne s’achèvera d’ailleurs ni en 1945 à l’issue de cette nouvelle guerre de Trente ans qui ruina l’Europe et de ce fait défit le monde, ni en 1989 avec l’écroulement d’un deuxième totalitarisme ; cette ère trouva son terme plus probablement le 11 septembre 2001 avec l’attaque que subit l’empire américain, l’effondrement des tours jumelles de New York et l’irruption du phénomène terroriste à l’échelle mondiale. Ce que l’attentat de Sarajevo contre l’archiduc François-Ferdinand déclencha en juin 1914 trouve sa réplique et son point culminant avec l’ahurissant exploit des terroristes islamistes. Mon but ici n’est pas d’insister sur le caractère « extravagant » de ce soi-disant « court XXe siècle », mais d’oser l’hypothèse que, depuis le début du XXIe siècle et contrairement aux apparences, toutes les puissances qui avaient subi cette « crue centennale » sont rentrées dans leur lit et qu’elles s’efforcent, toutes choses égales par ailleurs, de reprendre le cours des choses formellement interrompues à partir du 28 juillet 1914 et des premières déclarations de guerre intereuropéennes.

Lire la suite

Abonnés

Conflit commercial sino-américain, une analyse stratégique

A y regarder de plus près, le conflit commercial qui pourrit actuellement les relations sino-américaines et se répercute négativement sur la vie économique mondiale est à la fois très classique et assez inédit. Il est d’abord classique entre deux grandes puissances qui, en raison de leur taille, exploitent à fond leurs points forts et peinent de ce fait à trouver un équilibre global. Mais il est aussi inédit car il confronte deux empires qui n’appartiennent pas au même monde. Tous deux « participent » du système global et cela a été la chance historique de la Chine de monter à bord de la mondialisation pour amorcer son fantastique développement ; de ce point de vue ils se situent dans une rivalité classique de puissance, ce que Graham Harrison appelle le « piège de Thucydide ». Mais chacune de ces puissances « appartient » à des mondes différents dont elles sont, l’une comme l’autre, les leaders incontestables.

Lire la suite

Abonnés

Tensions commerciales : point de vue chinois – mai 2019

1/ Les médias étrangers se trompent sur la position de la Chine face aux négociations commerciales

Le Quotidien du Peuple en ligne | 22.05.2019

Les articles de certains médias étrangers selon lesquels la Chine a pratiquement fermé la porte aux consultations économiques et commerciales avec les États-Unis sont à la fois inexacts et trompeurs. Alors que le gouvernement américain a imposé de nouveaux droits de douane supplémentaires sur les produits chinois et signé un décret prévoyant d’empêcher Huawei de vendre et d’acheter aux États-Unis, un compte WeChat, connu sous le nom de « Taoran Notes », a publié un article en chinois, disant que « Les États-Unis ne sont pas sincères dans leur volonté de négocier un accord juste et raisonnable ». Lire la suite

Abonnés

Décès du Professeur LI Dan

Nous venons d’apprendre le décès brutal le lundi 20 mai 2019 du Professeur LI Dan, membre du Conseil d’administration et correspondant pour la Chine de la Société de Stratégie ; il était chef du département de français à l’Institut de Diplomatie de Pékin.

Abonnés

ACTUEL 52 – Stratégie et Diagnostic

C’est en temps de crise que l’on se rend compte de l’inanité des gesticulations oratoires, de la démagogie des promesses électorales et de la vacuité générale des imaginaires politiques ; car si elles battent les estrades ou nourrissent les conférences, elles n’ont pas de prise sur le réel. Et cela fait maintenant une vingtaine d’années que le monde est en crise, encore incapable de sortir de l’incertitude post-américaine et de la succession de chocs qui scandent la vie internationale depuis le début du siècle. Si la crise appelle d’évidence à la correction, voire à la réorientation des objectifs, quel que fut leur bienfondé, elle réclame d’abord que soient appliqués des pansements sur les plaies qu’elle révèle. La crise devrait obliger à se mettre en situation d’urgence et d’ambivalence sur ces deux fronts. Seule la logique stratégique permet d’agir ainsi simultanément en agrégeant les nécessités du court terme avec les perspectives à plus longue échéance. Lire la suite