Archives de l’auteur : vincent

Abonnés

Du hasard à l’impuissance, une histoire sommaire de l’action stratégique (7)

La déconstruction

Comme nous l’avons évoqué précédemment (voir chapitre 5), le temps des organisations a été simultanément celui des idéologies et des dogmatismes. Après un XIXe siècle romantique, libéral et individualiste, le XXe siècle a été celui des « systèmes » fondés sur des théories radicales prônant les rapports de forces (guerres nationales, lutte des classes, mercantilisme…), l’étatisme, le collectivisme. Parmi les principes des Lumières, la liberté (individuelle) était sacrifiée à l’égalité (en fait le nivellement), et la fraternité cédait le pas à la « camaraderie ».
Mais, dans le même temps et dès la fin du XIXe siècle, s’amorça un puissant courant de contestation et d’opposition aux « ordres établis », qu’ils fussent anciens ou nouveaux, courant amplifié par le démembrement des empires, les désastres des guerres mondiales ou la déroute des idéologies. Ce mouvement, toujours en cours, est celui de la « déconstruction ». Lire la suite

Abonnés

La condition numérique

Jean-François Fogel, Bruno Patino, Grasset, 2013

Les nouveaux empires

« Les géants de l’accumulation numérique sont peu nombreux et tous sont installés au bout de la connexion de l’internaute. Ils proposent des outils ou des applications qui ont d’abord paru utiles puis rapidement indispensables avant de devenir les usages quotidiens de la condition numérique. Ces géants maîtrisent la recherche dans un univers d’obésité informationnelle et la relation dans un monde de solitude face à un écran. Ils ont rendu possible le partage de copies numériques ou la mise à disposition d’outils et plates-formes qui permettent le divertissement permanent. Leur nombre est si restreint qu’on les résume parfois dans l’acronyme GAFA désignant quatre d’entre eux : Google, Apple, Facebook, Amazon. Lire la suite

Abonnés

Les nouveaux somnambules

Nicolas Grimaldi, Grasset, 2015, pp 132 à 134.

« Ainsi y a-t-il, suggéré par le travail des artisans, un mode de raisonnement pragmatique. Il consiste à ne s’assigner pour fin que ce dont on peut réunir les moyens. Une telle logique conçoit donc le possible comme un réaménagement du réel. Comme c’est d’après leurs causes qu’elle en envisage les effets, c’est d’après le réel qu’elle détermine le possible. Ainsi font tous les réformateurs. Propre aux utopistes et aux idéologues, un autre mode de raisonnement consiste au contraire à s’assigner une fin et à en déduire, comme autant de conditions subsidiaires, l’ensemble des moyens indispensables à sa réalisation. A l’inverse de la méthode pragmatique qui fait du réel la mesure du possible, ce mode prophétique de raisonnement consiste à faire du possible la règle ou la détermination du réel. Il assujettit de la sorte toute réalité à ce qu’en exige une idée. Au lieu que le réel soit une condition du possible, voici qu’il en devenu un obstacle. Le possible ne peut alors s’accomplir qu’n dynamitant le réel, en le faisant exploser, en l’éliminant, en l’anéantissant. Ainsi font tous les révolutionnaires. A chaque fois, les gravats du réel sont les vestiges du possible.

Lire la suite

Abonnés

Du hasard à l’impuissance, une histoire sommaire de l’action stratégique (6)

La montée aux extrêmes ou le « tout stratégique »

Au tournant du XXe siècle, les organisations se sont solidement installées au cœur du pouvoir. Mais elles ont hérité deux caractéristiques du système précédent et des Lumières qui les poussent aux excès : la verticalité et l’idéologie. Chacune d’entre elles croit détenir la vérité ou au pire la servir. Chacune d’entre elles est hiérarchisée au point de concentrer tous les pouvoirs aux mains d’un seul homme. L’incarnation d’une idéologie à travers un homme servi par une organisation, telle est la dynamique explosive qui va provoquer les éruptions de violence du XXe siècle. Lire la suite

Abonnés

Situation de la France

Pierre Manent – Desclée de Brouwer, 2015

« Les nations sont de grands êtres embarrassés, lents à se mouvoir et reportant sans cesse le moment de réfléchir et de décider. L’inertie est leur règle. Les citoyens pourtant travailleurs, réfléchissent, décident, investissent, que ce soit dans leurs familles, leurs associations ou leurs entreprises. Tant d’efforts individuels et collectifs parviennent rarement pourtant à modifier de façon perceptible la course ou la physionomie du gros animal. Les sociétaires consacrent une grande part de leur énergie à s’instruire et s’éduquer, mais il semble que l’être qu’ils forment ensemble n’apprenne point. Une seule chose en vérité paraît susceptible d’éduquer les nations, c’est l’expérience politique quand celle-ci est suffisamment brutale, pénétrante, bouleversante. De loin en loin, la guerre ou la révolution, ou tel autre « accident extrinsèque », comme disait Machiavel, force les membres d’une nation à « se reconnaître », à ressaisir les rênes d’une vie commune qui s’effilochait. Dans la crainte et l’espérance, chacun maintenant est saisi par la chose commune que la guerre menace de ruiner ou que la révolution bouleverse. Chacun en décidant pour soi décide pour le Tout ; en décidant pour le Tout, chacun décide pour soi. Les choix faits lors des heures ou des semaines décisives hanteront longtemps les vies individuelles comme la vie de la nation à laquelle en vérité ces décisions donnent sa forme pour plusieurs générations. Lire la suite