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La lutte contre l’État Islamique : pour une alliance avec Bachar el-Assad ? par REN Yaqiu

Il y a urgence à Kibani ! En ce moment, les djihadistes de l’Etat islamique assiègent depuis vingt jours cette ville située près de la frontière syro-turque. Déjà, ils se sont emparés d’un tiers de sa superficie. Bien sûr, les avions américains continuent à frapper des cibles militaires de l’Etat islamique tout autour de la ville, mais les effets ne sont pas évidents. Les Kurdes résistent avec opiniâtreté dans la ville, mais en l’absence de tout soutien de forces terrestres alliées, il sera bien difficile de faire en sorte que la ville ne tombe pas entre les mains de l’ennemi.
Car, en effet, les frappes aériennes seules ne pourront pas inverser complètement la situation. Pourquoi ? Parce que, face aux forces occidentales, l’État islamique répond par une tactique de guérilla et de guerre de mouvement. Si nécessaire, ses combattants peuvent même se cacher parmi les gens ordinaires, et les Occidentaux ne pourront pas les y distinguer, risquant ainsi de blesser des gens innocents, provoquant une catastrophe humanitaire.
L’Occident encourage la Turquie à envoyer des troupes au sol pour arrêter l’offensive armée de l’Etat islamique. Pour des raisons de sécurité qui lui sont propres, la Turquie ne souhaite certainement pas être impliquée dans la guerre. Parce que le gouvernement turc ne veut pas que la guerre en Syrie enflamme les zones proches de ses frontières, et qu’il craint aussi que ce soit, pour les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan, une occasion de se développer.
Que peuvent donc faire les Etats-Unis ? Est-il possible d’envoyer des troupes au sol pour soutenir les Kurdes à Kibani ? Tout au moins pour l’instant personne n’entrevoit cet espoir. Parce que les Etats-Unis ont longtemps été englués dans la guerre en Irak et en Afghanistan, ils ne sont plus disposés à être impliqués dans une autre guerre terrestre. Le peuple américain ne sera jamais d’accord pour que son gouvernement s’engage dans de nouvelles aventures militaires.
L’Armée Syrienne Libre (ASL) alors ? En effet, les Etats-Unis apportent une aide militaire à cette organisation. Des crédits de 500 millions de dollars ont été débloqués. Mais cette organisation peut-elle vraiment à elle seule assumer la responsabilité de la destruction de l’État islamique ? Selon les informations disponibles, les effectifs de cette armée se montent à 40 000 hommes seulement. La plupart d’entre eux n’ont pas reçu de formation militaire, et leur équipement est aussi insuffisant. Les fonds actuellement octroyés par les États-Unis ne permettent que de former et équiper 5 000 hommes, ce qui veut dire que la plupart des autres ne pourront pas bénéficier d’une bonne formation et d’équipements de pointe. Dans ce cas, comment pourraient-ils triompher des forces de l’État Islamique, qui comptent 30 000 combattants ? Si l’on se fonde sur les antécédents des précédentes batailles, l’ASL n’a pas su freiner efficacement l’expansion de l’État islamique dans le grand nord de la Syrie. C’est dire si l’on est en droit de s’interroger sur sa capacité à le faire dans le futur.
Alors n’y a-t-il vraiment aucun moyen de faire face ? Il y en a bien un, ce serait de coopérer avec le gouvernement syrien. L’armée gouvernementale syrienne est une force de combat très efficace. Au cours des trois dernières années, elle s’est battue contre les groupes extrémistes islamiques, elle a lutté efficacement contre ces fondamentalistes qui cherchaient à attaquer le sud et la capitale du pays, et a accumulé une riche expérience au combat.
Si les Etats-Unis et leurs alliés admettent leurs erreurs passées d’ingérence dans les affaires intérieures de la Syrie, qu’ils tendent la main au gouvernement syrien de Bachar el-Assad pour apporter le soutien nécessaire aux forces gouvernementales, afin qu’il puisse envoyer des troupes pour lutter contre les extrémistes islamiques, il sera possible dans un court laps de temps de détruire les bastions de l’Etat islamique dans le pays ou de les expulser de Syrie. Sinon, il sera bien difficile de mettre fin à la guerre à court terme, et cela risque de plonger toute la région du Moyen-Orient dans la crise. Ainsi, dans la nouvelle situation qui s’offre à nos yeux, non seulement Bachar el-Assad n’est pas l’ennemi de l’Occident, mais il peut devenir son allié dans la lutte contre l’Etat islamique.
Hélas, l’Occident, sous la houlette des États-Unis, n’est peut-être pas en mesure de réaliser, ou ne veut tout simplement pas admettre ses erreurs, par peur de perdre la face, par peur d’être ridiculisé aux yeux de ses alliés au Moyen-Orient. Ce n’est pas important. Au moins aux Etats-Unis peuvent-ils mettre fin à leurs actes hostiles à l’encontre du gouvernement syrien afin de promouvoir le processus de réconciliation politique en Syrie, afin d’éteindre les dissensions causées par les différentes factions, et que les réfugiés puissent retourner dans leurs foyers le plus tôt possible. Mais si les États-Unis ne sont pas prêts à se résoudre à cette évidence, alors ils ne pourront qu’être de plus en plus enlisés dans le bourbier de la guerre.

Source : le Quotidien du Peuple en ligne – 14/10/2014